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Romain Goetz : coucou@romaingoetz.fr

Marches

Land called America //28-05-2017

"I'll give her credit for her art work, though, for I love this land called America, every inch of it, every hill and valley. I'd seen many miles of it before I was sixteen years old, hitch-hiking around the country, setting pens in bowling alleys in Detroit, picking fruit with the Mexicans in California, up and down the highways I went wide open, and it didn't matter which direction I header or how much money I had in my pocket, which was usually none, I loved every minute of it. We had no interstate highway system back then, only two lanes contry roads when you got away from the cities, so around every turn and over every hill you saw a different sight, a one-of-a-kind painting you would never see again anywhere else, each one uniquely beautiful and constantly changing, and even if you took the same road back Mama Nature was there ahead of you, busy redecorating while you where gone.

The interstate highway system destroyed all that, of course, as I'm sure you've noticed as you cruise down Interstate-Whatever trying to stay awake from the sheer depressing monotony of a billion miles of the same scene repeated over and over again.

A painting on the wall may be a pretty sight, all right, but it's like a dead deer head, you have to kill it to paint it. My art is America, alive and changing every second, a deer running through the forest, dogwood tress blooming in the Spring, a thin trail of smoke coming from the stovepipe of a mountain cabin in the wintertime with white snow on the ground, the head of summer when the girls come out of their clothes, a dog barking in the distance, Kathleen Vinson's pink panties hanging on a clothesline panting in the hot summer sun — what could be more American than that? "

William G. Baker - Alcatraz-1259

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Les forêts du Maines //26-04-2017

Quand j’ai atteint le sommet de la crête, dont ceux qui l’ont vu par beau temps disent qu’il fait cinq miles de long et est constitué d’un plateau d’une centaine d’acres, je me suis retrouvé au beau milieu des rangs hostiles des nuages, qui m’obscurcissaient tout. […] On avait parfois l’impression que le sommet serait dégagé dans quelques instants et resplendirait au soleil, mais ce que l’on gagnait d’un côté se perdait dans l’autre. C’était comme d’être assis devant une cheminée et d’attendre que la fumée se dissipe. En fait, c’était une usine à nuages : il s’agissait de matière nuageuse que le vent extrayait des rochers froids et nus. De temps à autre, je pouvais apercevoir rapidement un à-pic sombre et humide à droite ou à gauche, la brume ne cessant de passer entre lui et moi. […] Nul doute qu’Eschyle avait visité un paysage semblable à celui-ci. C’était immense, titanesque et de ceux qu’aucun homme n’habite jamais. Une partie de celui qui le contemple - et même une partie vitale - semble s’échapper entre ses côtes flottantes à mesure qu’il monte. Il est plus seul qu’on ne peut l’imaginer. Ses pensées ont moins d’envergure et son intelligence est moins affûtée que dans les plaines où habitent les hommes. Sa raison est sombre et dispersée, plus ténue et plus imperceptible, comme l’air. La Nature immense, titanesque et inhumaine l’a pris au dépourvu, piégé quand il était seul et lui a barboté un peu de ses facultés divines. Elle ne lui sourit pas comme dans les plaines. Elle semble demander sévèrement : Pourquoi es-tu venu ici avant ton heure? Ce terrain n’est pas encore prêt pour toi. Cela ne te suffit donc pas que je sourie dans les vallées ? Je n’ai jamais créé ce sol pour tes pieds, cet air pour ton souffle, ces rochers pour être tes voisins. […]

Les sommets des montagnes comptent parmi les parties inachevées du globe, où c’est un peu comme insulter les dieux que d’y grimper, de s’immiscer dans leurs secrets et d’éprouver l’ascendant qu’ils exercent sur notre humanité. Les hommes audacieux et insolents sont sans doute les seuls à y aller.

  • Henry David Thoreau, Les forêts du Maine, 1864, trad. Thierry Gillyboeuf, Payot, 2012

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Marcher, une histoire des chemins //31-07-2017

Des sens à la poésie, du corps à l'écriture

La marche est une expérience d'exploration, non seulement d'un paysage, d'un monde qui s'offre au déchiffrement, mais évidemment de soi-même. Cela commence par le corps qui retrouve un rythme le ramenant à cette sensation première d'éprouver la nature.

Marcher dans, marcher sur la nature. Faire l'expérience des sens touchant, humant, voyant, s'accaparant la vie sauvage. Nul mieux que Henry David Thoreau a dit la magnificence de ces retrouvailles marchées avec la nature : Cette nécessité de la marche et cette "infusion de sauvagerie" qu'elle procure.

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